[PLATON]. Platonis Opera quae extant omnia. Ex nova Joannis Serrani interpretatione, perpetuis ejusdem notis illustrata : quibus et methodus et doctrinae summa breviter et perspicue indicatur. Ejusdem annotationes in quosdam suae illius interpretationis locos. Henrici Stephani de quorundam locorum interpretatione judicium, et multorum contextus graeci emendatio.
Genève, Henri Estienne, 1578.
3 volumes in-folio, 35,8x23 cm. [18] ff., 542 pp. ; [3] ff., 992 pp. ; [4] ff., 416-139 pp. Marque d'imprimeur à l’olivier dans un encadrement, avec la devise « Defracti sunt rami ut ego insererer ». Nombreux bandeaux, lettrines et culs-de-lampe.
Veau brun flammé du XVIII° siècle, dos à nerfs, pièces de titre et de tomaison basane rouge et verte, pointillés dorés d’encadrement sur les plats, tranches jaspées.
Dos renouvelés, coins émoussés, légère mouillure claire au tout début et à la fin du T.I, et dans un coin à la fin du T.III.
Édition bilingue, grecque et latine, avec texte sur deux colonnes, réunissant toutes les œuvres de Platon.
On voit dans sa préface qu'Henri Estienne avait à cœur de faire de ce Platon un livre remarquable, tant par la scrupuleuse rigueur dans l'établissement du texte, que par son admirable exécution typographique, aidé des caractères grecs gravés par Garamont pour son père. Malgré les différents qui l'opposèrent à son caractériel traducteur, Jean de Serres, durant les quatre années où ils s'affairèrent à cette ambitieuse entreprise éditoriale et malgré les grandes difficultés matérielles qu'ils connaissaient, exilés dans une Genève surpeuplée de tant d'autres réfugiés, où la nourriture se trouvait rationnée et où le papier manquait ; malgré ces adversités, ils purent livrer en un temps relativement bref un monument de l'édition qui enthousiasma toute l'Europe lettrée d'alors.
Si Henri n'a point influé sur le travail du traducteur, on voit qu'il était là pour surveiller la correction des textes, et enrichir le livre de doctes et presque toujours judicieuses observations. Son édition a été reconnue comme très supérieure à celle d'Alde (1513), et aux deux de Valder (1534 et 1556). Pendant près de trois siècles, jusqu'aux grands travaux des philologues allemands, le texte établi par Estienne servira de référence. Son système de pagination étant encore d'usage de nos jours afin de citer tel passage de l’œuvre platonicienne.
En tête de chacun des volumes se trouve un épître dédicatoire. Celui du premier est adressé à la reine Élisabeth, et suivi d'un avis d'Henri. Celui du second volume est adressé à Jacques VI, Roi d’Écosse, alors âgé de douze ans, et celui du troisième s'adresse à la République de Berne.
Brunet IV, 684 ; Reverdin, Le «Platon» d’Henri Estienne ; A. A. Renouard, Annales de l'imprimerie des Estienne, 145 et 343.